Cinéma & TV
L’art de rester vrai face aux projecteurs
Un acteur lausannois raconte le silence avant la scène, le regard du public et son attachement au Léman.

Vincent Perez appartient à cette génération d’artistes suisses qui ont franchi les frontières sans jamais renier leur point de départ. Né à Lausanne en 1964, il a construit une carrière internationale au cinéma, au théâtre et derrière la caméra. Pourtant, dans son parcours, la célébrité n’a jamais complètement effacé le regard de l’enfant qui observait la lumière, les visages et les silences au bord du Léman.
Son itinéraire commence en Suisse romande, avant une formation artistique qui le conduit notamment vers la photographie, puis vers le théâtre. Cette double approche, fondée sur l’observation de l’image et du mouvement, a profondément marqué sa manière de jouer. Chez lui, un personnage ne se résume pas à une réplique : il existe aussi dans une posture, une respiration ou un regard.
Une enfance lausannoise entre mouvement et observation
Grandir à Lausanne signifie vivre dans une ville ouverte sur plusieurs horizons. La présence du lac, les reliefs qui entourent la cité et la proximité de cultures différentes composent un décor singulier. Pour un futur acteur, cet environnement offre une école de l’attention : les accents changent d’une rue à l’autre, les silhouettes se détachent sur l’eau et la lumière transforme constamment les paysages.
Vincent Perez a souvent évoqué l’importance de cette période de formation personnelle, lorsque le désir artistique n’était pas encore séparé de la vie quotidienne. Avant les tapis rouges et les tournages internationaux, il y avait Lausanne, ses habitudes, ses rencontres et cette impression d’habiter un lieu à la fois proche et ouvert sur le monde.
« On emporte toujours avec soi les paysages de son enfance. »
Vincent Perez, propos rapportés dans le cadre de ses échanges publics sur son parcours
La méthode : écouter avant de jouer
La méthode de Vincent Perez repose moins sur une démonstration que sur une disponibilité. Pour entrer dans un rôle, il cherche d’abord à comprendre ce qui reste invisible : les blessures, les contradictions, les attentes et les peurs qui déterminent le comportement d’un personnage.
Cette approche explique la place accordée aux silences dans son jeu. Une scène n’a pas besoin d’être soulignée pour être intense. Un geste retenu peut révéler davantage qu’un long monologue, et une hésitation peut devenir le centre émotionnel d’une séquence. L’acteur privilégie ainsi la vérité intérieure à l’effet immédiat.
La photographie, qu’il a étudiée avant de se consacrer pleinement au métier d’acteur, nourrit également son rapport au cadre. Elle lui a appris à regarder les volumes, les contrastes et la façon dont un visage se transforme selon la lumière. Cette sensibilité visuelle accompagne son travail devant la caméra, mais aussi ses projets de réalisation.
« Un acteur doit accepter de ne pas tout contrôler. »
Vincent Perez, à propos du travail d’interprétation
La notoriété comme distance à préserver
La notoriété accompagne désormais chacune de ses apparitions, mais elle ne semble pas constituer le moteur de son travail. Pour un artiste devenu familier du public, le risque consiste à laisser l’image médiatique remplacer le métier. Perez cherche au contraire à maintenir une séparation entre la personne privée, l’interprète et les personnages qu’il incarne.
Cette distance ne signifie pas un refus du public. Elle permet plutôt de conserver un espace de recherche. Un acteur qui se sait constamment observé peut être tenté de répéter ce qui a déjà fonctionné. Or le jeu exige l’inverse : accepter l’incertitude, changer de rythme et prendre le risque de ne pas être immédiatement reconnaissable.
Dans ses prises de parole, il revient régulièrement à la nécessité de rester curieux. La célébrité devient alors une responsabilité plutôt qu’un aboutissement : elle donne une visibilité, mais elle impose aussi de ne pas confondre reconnaissance et vérité artistique.
« La reconnaissance ne doit jamais devenir une prison. »
Vincent Perez, dans une réflexion publique sur la célébrité et la liberté artistique
Le Léman, un paysage qui continue de travailler en lui
Le Léman n’est pas seulement un souvenir géographique. Il représente une manière de regarder le monde. Sa surface peut sembler immobile, alors que le vent, les courants et les changements de lumière la transforment sans cesse. Cette tension entre calme et mouvement trouve un écho dans le travail de l’acteur.
Les paysages lémaniques offrent aussi une leçon de mesure. Les montagnes donnent de la profondeur au cadre, tandis que l’eau ouvre l’espace. Pour un comédien, cette combinaison invite à ne pas surjouer : le décor possède déjà sa propre force. Il faut parfois simplement laisser une présence s’inscrire dans l’image.
Dans cette relation au paysage, on retrouve la sensibilité du photographe. La lumière du matin, les brumes sur le lac ou les reflets du soir ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils modifient la perception d’une scène et peuvent suggérer l’état intérieur d’un personnage.
Un prochain défi placé sous le signe de la transmission
Après plusieurs décennies de carrière, le prochain défi de Vincent Perez ne consiste pas uniquement à trouver un nouveau rôle. Il s’agit aussi de continuer à transmettre une expérience, de faire dialoguer les générations et de préserver une curiosité intacte face à des formes de récit qui évoluent.
Cette transmission peut passer par le jeu, la réalisation ou l’accompagnement de jeunes artistes. Elle prolonge une conviction essentielle : le cinéma ne repose pas seulement sur la visibilité d’un interprète, mais sur la qualité de l’écoute entre les personnes qui fabriquent une œuvre.
À Lausanne comme sur les plateaux internationaux, Vincent Perez semble conserver le même principe : observer avant de parler, écouter avant de juger et laisser une part d’inattendu entrer dans le travail. C’est peut-être là que réside sa manière la plus durable de rester vrai face aux projecteurs.